Salut la clope ! Sais-tu que tu es de plus en plus rejetée ? Quoi qu'il en soit, moi je te garde ! J'ignore les alarmes inscrites sur tes paquets. Tu me tiens les doigts et je pense que cela va encore durer un moment. Qui sait, peut-être qu'un jour tu auras ma peau, Toi ma fausse amie. Tu enfumes mes journées, mes nuits et celles de trop de monde. Je ne sais pas comment tu as fais exactement, ni qui est l'andouille qui t'a inventé, mais tu as su te rendre indispensable pour beaucoup de monde. J'avoue tout de même que tu n'es pas la seule coupable car au départ c'est moi qui t'ai choisi. Je suis allée te chercher alors que tu ne t'imposais pas. Tu n'es pas apparue au bord de mes lèvres par magie. C'est ma main qui t'a frôlé au premier contact, qui est allée vers toi ; et c'est celle-ci qui a enclenché le mécanisme. Et comme je n'échappe pas à la règle, je t'ai vite adoptée. Tu m'accompagnes partout et souvent tu m'aides. Hier, on te plébiscitait ; aujourd'hui, on te fait la guerre, et demain ? Seras encore-tu là pour moi ? Pas sûr. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Ce n'est pas moi qui fait les lois et je ne suis pas dans la tête de ceux avec qui tu t'es engueulé. Faut dire que t'y vas quand même fort. T'as vu les problèmes de santé que tu engendres ? Les seuls, à la limite, qui peuvent te remercier sont ceux qui te fabriquent. Par contre, je ne crois pas que les malades et les morts t'apprécient vraiment. Qu'est-ce que tu dis ? Ils n'avaient pas qu'à te serrer le filtre ! Mais tu te fous de qui ? Beaucoup ne savaient pas jusqu'où ta mesquinerie pouvait aller. Les infos d'alerte ? C'est récent. Puis ceux qui ne t'ont pas apprivoisé, tu y penses ? Tu leur fais la même chose et ça c'est encore plus sournois ! Oui, je te critique ! Quoi ? Bien sur, moi, je ne te lâche pas, et tu m'oblige souvent à partager tes odeurs avec mon entourage proche. Mais ce n'est pas pour autant que je sois aveugle. Nous avons besoin l'une de l'autre, je te l'accorde. Pour l'heure je te garde, demain, vraisemblablement aussi mais tu sais qu'un jour je serais peu-être ta pire ennemie. Tu ne me crois pas ? Pourtant d'autres l'ont dit avant moi et le sont devenus. Donc, à mon tour, pourquoi, je ne te dénigrerais pas ? Tu sais, je commence un peu à le faire avec ceux qui ne t'ont pas encore allumé. J'essaie de les détourner de toi, même si je ne suis pas très bien placée pour ça. T'as raison, nous sommes peut-être trop accros l'une de l'autre. Si je te garde jusqu'au dernier jour, et qu'en cadeau de fidélité tu me files un cancer ou je ne sais quoi d'autre, j'irai de moi-même à la morgue et ce ne sera pas toi qui m'y expieras. Je déciderai (du moins c'est ce que je pense aujourd'hui) à quel moment il me faudra fuir du brouillard dans lequel tu m'auras enveloppée. Ne vas pas croire que tu me consumeras à petit feu jusqu'au bout, même si tu commences à le faire progressivement. Notre histoire n'est pas encore finie, mais fais quand même attention car dans la vie, il y a la main qui allume la clope et l'autre qui l'écrase.







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